Parce que cette piscine aujourd’hui à l’abandon est en elle-même un lieu de mémoire !
Construits à partir de 1938 et ouverts au public en 1942, les bains de la Sauvenière répondent à l’époque à une véritable nécessité. L’Echevin Georges Truffaut fait adopter, en octobre 1936, par le Conseil Communal de la Ville de Liège, un projet visant à construire un établissement de bains à l’emplacement de l’école située place Xavier-Neujean. La conception de l’édifice est confiée à l’architecte liégeois Georges Dedoyard.
De style « paquebot », architecture moderniste de l’entre-deux-guerres, le bâtiment se distingue par ses belles proportions, son parfait équilibre. La noblesse des matériaux des façades rehausse le caractère monumental de l’édifice : pierre de taille, céramique turquoise, labrador, verre, ornements en bronze, …
A l’intérieur, l’élément le plus remarquable est sans conteste le grand hall des piscines qui s’étend sur 80 mètres de long et quelques dizaines de mètres de haut. Il est magnifiquement éclairé par une voûte en berceau, en béton translucide, soutenue par huit arcs en béton armé ainsi que par une grande verrière.
Les bains de la Sauvenière, considérés comme une des plus importantes réalisations du genre, ont été admirés au point de susciter des imitations, comme par exemple les Bains de Bruxelles (1954).
La piscine de la Sauvenière est donc un double symbole. Audacieuse et innovante alors sur le plan de l’architecture, elle fut éminemment sociale en ce qu ‘elle mettait à la disposition de la population, un centre de santé et de régénérescence à la fois collectif et personnel. Ce patrimoine doit être protégé, il est classé depuis mai 2005.
« Ressusciter » la Sauvenière est un acte hautement symbolique, et hautement politique. Y créer un centre de mémoire et de réflexion comme « Mnema » est aussi particulièrement important pour montrer au public ce qui peut aujourd’hui fonder de nouvelles solidarités. Donner aux citoyens conscience à la fois de leur diversité et de la profondeur de ce qui les unit est aujourd’hui une nécessité, voire une urgence. L’Europe qui se cherche, espace voulu de paix et de fraternité, après les désastres des deux guerres mondiales, a besoin de s’interroger.